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Les temples d’Abou Simbel

Deux temples creusés dans la montagne pour Ramsès II et Néfertari, puis découpés et reconstruits plus haut au XXe siècle pour échapper aux eaux du lac Nasser.

environ 6 minutes de lecture. Mis à jour le 1er novembre 2026.

Lieu
Nubie égyptienne, rive du lac Nasser
Époque
XIXe dynastie, règne de Ramsès II
Classement
patrimoine mondial de l’UNESCO, 1979, bien n° 88
Gros plan sur la façade de grès : deux statues colossales assises, mains posées sur les genoux, avec de petites figures debout entre leurs jambes, sous un ciel bleu.
Deux des quatre colosses assis de Ramsès II sur la façade du grand temple d’Abou Simbel. Photo : Nicolas Guelle, Égypte, février 2023.

En bref

À Abou Simbel, dans le sud de l’Égypte, deux temples ont été taillés dans la roche sous Ramsès II, roi de la XIXe dynastie. Le plus grand est reconnaissable à ses quatre statues assises du souverain, hautes d’environ 21 mètres. Il est conçu pour afficher la puissance royale autant que pour accueillir les cultes des dieux. À ses côtés se trouve un sanctuaire plus petit, consacré à Hathor et à la grande épouse royale Néfertari.

Les deux monuments ont une histoire qui se lit à deux époques. Au XIIIe siècle avant notre ère, sculpteurs et bâtisseurs ont aménagé des façades, des salles et des sanctuaires directement dans le massif rocheux. Au XXe siècle, des équipes internationales ont entrepris le chemin inverse : elles ont découpé la pierre pour soustraire les temples à l’élévation des eaux provoquée par le haut barrage d’Assouan.

L’opération, achevée à Abou Simbel en 1968, a reconstitué les temples dans une falaise artificielle, plus haut et plus loin du Nil. Le visiteur voit donc des monuments anciens, mais dans un paysage recomposé. L’éclairage solaire du sanctuaire, observé deux fois par an autour de février et d’octobre, rappelle la précision de leur orientation. Il ne prouve pas pour autant les récits qui associent les dates exactes aux anniversaires du roi.

Abou Simbel appartient depuis 1979 au bien inscrit par l’UNESCO « Monuments de Nubie d’Abou Simbel à Philae ».

Le grand temple : le roi devant la montagne

Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités situe le creusement du grand temple autour de 1264 avant notre ère. Cette date est indicative : les chronologies de l’Égypte pharaonique ne sont pas toujours exprimées de la même façon. La façade forme un écran monumental dont les quatre colosses assis représentent Ramsès II. L’un d’eux s’est effondré lors d’un séisme ancien ; ses fragments sont restés au sol.

Façade du grand temple creusée dans la falaise : quatre colosses assis encadrent l’entrée, devant une foule de visiteurs minuscules.
La façade du grand temple d’Abou Simbel et ses quatre colosses de Ramsès II. Photo : Nicolas Guelle, Égypte, février 2023.

Le passage de l’extérieur à l’intérieur change d’échelle. Dans la grande salle, d’autres statues du roi bordent la circulation vers le sanctuaire. Au fond siègent quatre figures : Amon-Rê, Rê-Horakhty, Ptah et Ramsès II divinisé. L’organisation rapproche ainsi le souverain des grandes puissances divines auxquelles il veut être associé.

Les reliefs développent un programme royal et religieux. On y voit le souverain dans des gestes de culte et des scènes de démonstration de pouvoir. Leur lecture ne se limite pas à une chronique d’événements : dans un temple égyptien, l’image affirme aussi l’ordre que le pharaon est censé maintenir. La façade, visible de loin, fait du rocher lui-même le support du discours royal.

Relief en creux sur la paroi de pierre : un personnage au bras levé domine un ennemi renversé, à côté d’un second grand personnage, entre des colonnes de hiéroglyphes.
Scène de victoire sur un ennemi, relief d’une salle du grand temple. Photo : Nicolas Guelle, Égypte, février 2023.

Le petit temple : Hathor et Néfertari

Le second temple, au nord du grand, est dédié à Hathor et à Néfertari, grande épouse royale de Ramsès II. Sa façade aligne des statues du roi et de la reine. Le ministère égyptien souligne un trait particulièrement rare : les colosses de Néfertari y ont la même taille que ceux de son époux.

Cette égalité monumentale ne signifie pas une égalité politique démontrée entre les époux. Elle signale plutôt la place que le programme religieux et dynastique accorde ici à la reine. Hathor, déesse associée notamment à la féminité, à la musique et à la protection, donne au sanctuaire sa dimension cultuelle. Le petit temple n’est donc pas une simple annexe décorative du grand : il possède sa propre dédicace et son propre programme de représentation.

La juxtaposition des deux temples fait voir deux façons complémentaires d’exalter la royauté. Le grand monument associe Ramsès aux dieux dans une architecture de puissance ; le petit met en scène la relation entre la reine, le roi et une déesse. Les proportions et les figures de la façade permettent de comprendre cette distinction avant même d’entrer.

Deux rendez-vous du soleil avec le sanctuaire

L’axe du grand temple permet à la lumière du soleil levant de parvenir jusqu’aux figures du sanctuaire à deux périodes de l’année. Aujourd’hui, les dates mises en avant sont les 22 février et 22 octobre. Le ministère égyptien les donne explicitement ; des observations astronomiques contemporaines montrent cependant que l’effet ne se réduit pas nécessairement à une seule journée parfaitement isolée.

L’étude de Kyle Andrew Weyburne, publiée dans ENiM en 2021, souligne que les témoignages antérieurs au déplacement sont rares et qu’aucun relevé antique des dates d’illumination n’est connu. Les explications qui présentent ces journées comme l’anniversaire ou le couronnement de Ramsès II ne peuvent donc être tenues pour des faits établis. La recherche ne permet pas non plus d’attribuer à une différence d’un jour une cause unique et démontrée.

Ce qui demeure remarquable et observable est le dispositif architectural : un axe long, un horizon et une lumière calculée pour atteindre les figures au fond du temple. La précision du phénomène doit être décrite avec ses variations d’observation, plutôt qu’avec une légende calendaire.

Le sauvetage : une montagne découpée et reconstruite

La construction du haut barrage d’Assouan menaçait d’engloutir les temples sous les eaux du futur lac Nasser. En 1959, les gouvernements égyptien et soudanais demandèrent l’aide de l’UNESCO ; l’organisation lança en 1960 une campagne internationale pour les monuments de Nubie. Son rôle fut celui de coordinateur et d’intermédiaire entre les États concernés, les donateurs et les équipes techniques.

L’Égypte retint le principe du découpage et du transfert. Les travaux de sauvegarde d’Abou Simbel commencèrent en 1964. Plus de mille blocs furent numérotés, transportés puis assemblés à nouveau. Selon une rétrospective de l’UNESCO, la falaise artificielle fut aménagée 64 mètres au-dessus de l’ancien site et 180 mètres plus à l’intérieur des terres. L’inauguration du site reconstruit eut lieu le 22 septembre 1968.

L’UNESCO indique que la campagne de Nubie, menée de 1960 à 1980, sauva 22 monuments et ensembles au cours de 40 missions techniques. Son coût global fut de 80 millions de dollars, dont environ la moitié apportée par une cinquantaine de pays. Ce montant concerne toute la campagne, et non la seule opération d’Abou Simbel : il faut éviter de confondre les deux budgets.

Le déplacement conserva les masses, les reliefs et l’essentiel des rapports architecturaux, mais changea irrémédiablement leur situation géographique et leur environnement rocheux. À Abou Simbel, la conservation ne signifiait pas maintenir le monument sur place : elle impliquait de recréer un site pour lui assurer un avenir.

Pour aller plus loin

Sources